Pierre Mauroy et Euralille

"Un matin d'hiver, on m'apprit qu'un rat avait mordu les pieds d'un nourrisson. J'ai décidé de réagir." Quand il raconte la terrible anecdote de sa voix chaude de stentor, personne n'ose contredire l'impressionnant patriarche. Ses mains belles et amples brassent
l'air soudain figé. L'assistance, médusée devant la vision d'horreur qui l'étreint, est à point. Prête à accorder tous les blancs-seings du
monde au maire de Lille, cet Houdini de la politique. Qui justifie ainsi les financements nécessaires, les autorisations indispensables, les
dépassements de budgets, les augmentations de la pression fiscale, ou les embauches d'équipes d'urbanistes dédiés au programme immobilier des années 1990. La politique est une incessante partie de bonneteau. Les fins connaisseurs du dossier chuchotent volontiers qu'Euralille, la cathédrale mauroyenne, contient son lot de mystères. Pour comprendre, il faut évoquer la figure de Jean-Paul Baïetto. (p.46)

La cour du grand Pierre
Tout aurait pu rester discret sinon secret. Quelques échos dans la presse régionale. Oui mais voilà, une certaine Martine Aubry, la nouvelle première adjointe de Pierre Mauroy en 1995, en charge de l'édifice, n'accepte pas une telle gabegie. Le ton monte très vite (…) son chant du cygne tiendra du hurlement de la hyène. En se répandant en quolibets dans les colonnes de Nord Eclair, il se tire une balle : "Je ne fais pas partie des amis de Martine Aubry, ni de sa cour. Je n'ai pas vocation à travailler pour une fille à papa." … Choc de deux générations ou de deux façons d'envisager la chose publique ? Pierre Mauroy avait sonné la charge en se fendant d'un  dévastateur : "Finie la récré !" Marnot comprend qu'au bout de la cabale orchestrée par le clan Aubry, il y a le billot. (p.78)
Le cardinal de fer

Tapi dans l'ombre, Daniel Percheron est comme ces marionnettistes de foire que l'on ne voit jamais, mais dont le spectacle nous fascine. Il tire les ficelles de son monde balzacien au gré des vents et tactiques politiques. Quand un personnage a servi, il le garde au chaud dans son armoire. Quand il en a besoin, il le remet en scène. Si la marionnette veut échapper à son créateur, il la brûle. Une posture que d'aucuns au Parti socialiste sont loin d'apprécier. "Toi, je te détruirai", avait grondé Paul Quilès. (p.127)

Jack la Joconde
Avec lui, la culture fait du culturisme. Il vous invite à une expo, vous vous retrouvez au music-hall. et la vedette, c'est lui. Mais son bilan est impeccable : fête de la musique, du cinéma, prix du livre, arts de la rue, printemps des poètes... L'ancien ministre de la Culture des années Mitterrand a des états de service public qui le font ressembler à un maréchal d'empire bardé de décorations. Alors, quand cet inaltérable Dorian Gray a débarqué sur la Côte d'opale, personne n'a moufté. (p.171)
Le mythe fondateur
La campagne électorale de Norbert Segard pour les municipales de 1977 est la matrice politique de la droite métropolitaine et nordiste. Autour de lui, cette année-là, ou à son cabinet ministériel : le calme Jacques Vernier, un X-Mines, futur maire RPR de Douai ; le cadre de l'Agence de l'eau Christian Decocq ; Colette Codaccioni, une sage femme aux dents longues ; Marc Daubresse, futur ingénieur au sein du groupe Bouygues, ou encore le commerçant du centre-ville lillois Jacques Donnay. Tous des bébés Segard. (p.185)
Les soldats perdus de la droite
Pour Rodolphe Crevelle, le journal tant honni des candidats aux municipales de 2001 est un exercice littéraire. En d'autres temps, il aurait vendu sa plume à Gringoire ou tout autre titre venimeux. L'incontrôlable sniper fou écrit vite et bien, sorte d'anarchiste de l'extrême jamais remis des slogans des Camelots du roi pendant leurs équipées sauvages des années trente. Il s'entoure d'une bande de plumitifs agressifs, d'ailleurs vite évaporés. Il signe de pseudonymes comme Marie-Blanche Ravachol, Kevin Malatesta, Jimmy  Robespierre... (p.220)